La révolution des jeux-vidéos et la naissance d’un sport !

Quand j’étais enfant, j’ai eu la chance de grandir au milieu d’une révolution qui, pour moi, était invisible. Oui, j’ai grandi au cours de la révolution numérique, j’ai vécu de plein fouet l’arrivée dans nos foyers de ces objets qui, aujourd’hui, nous sont indispensables : les ordinateurs, les consoles de jeux etc. Gamin, je voyais ça comme une nouvelle source d’amusement. On avait Space invaders, Frogger et c’était à peu près tout. Peu après sont arrivées les premières consoles de jeux. Mon voisin ayant la Nintendo, ça m’a paru normal que mon frère et moi nous demandions une Sega, il fallait bien essayer la concurrence.

A cette époque, s’il y avait du soleil, c’était presque une obligation d’aller dehors. Oh, combien de fois nous sommes nous fait engueuler en été car on s’était « encore planté devant cette console »… Quelques années après arriva le premier ordinateur de la maison, une tour et un écran à tube qui prenaient une place folle, il y a quinze ans, et qui, aujourd’hui, sont moins puissant que mon téléphone portable. Il y a réellement de quoi parler d’une révolution ! Et où allions nous mettre cette machine qui permettait non seulement de distraire les enfants, mais aussi d’aider les parents ? Dans la salle de jeux des petits… Dès lors, on a pu approcher le monde virtuel en multijoueur grâce à Internet. Globalement, c'est dans un contexte à peu près similaire que tous les jeunes de ma génération on connu ce qui est devenu l'Esport.

Naissance d’un renouveau sportif

Je sais que cela interpelle : « comment les jeux-vidéos peuvent-ils devenir un sport ? ». Pour beaucoup, ça n’a pas de sens, car à la base, c’est un jeu et l’aspect sportif n’y serait pas réellement représenté. Prenons un simple exemple: le poker. A la base, c'est aussi un jeu. Mais a haut niveau, il demande une concentration et une condition physique. C'est la même chose pour l'Esport.

L’Esport comme on l’entend aujourd’hui est en train de grandir peu à peu. La Corée du sud a pris les devants et cela fait maintenant plusieurs années qu’elle a démocratisé le jeux-vidéo comme un sport de haut niveau.  Equipes, coaches, sportifs et ligues professionnelles, tout est réunis comme dans les autres disciplines sportives.

Ce qui a réellement lancé ces nouvelles disciplines, c’est avant tout internet. Cela a permis aux joueurs de s’affronter tous les jours, sans pour autant quitter leur domicile. Mais cela a surtout permis aux compétitions d’avoir une visibilité suffisante pour attirer des sponsors qui s’adressent avant tout aux gamers.

Aujourd’hui, chez-nous, on en est au point de départ. En Europe, on voit les premiers professionnels du jeux-vidéo. Cela ne fait que quelques mois que des gens peuvent réellement vivre de cette passion et de leurs talents, mais si cela se passe comme en Corée, on peut s'attendre à voir de nombreux métiers se créer autour de cette nouvelle discipline.

Le problème de l'Esport, c'est avant tout son image. Tout le monde peut jouer à des jeux-vidéos, tous les enfants y jouent et aujourd'hui, on ne comprend pas comment on pourrait devenir "pro" dans ce domaine. C'est pourtant simple, ce n'est pas parce que l'on joue au foot dans les cours d'écoles que tous les enfants font du foot et deviennent professionnels. On est forcément confrontés à des personnes douées dans ce domaine, comme on pourrait l'être ailleurs. A chacun son terrain!

Dans le monde des sports électroniques, on peut différencier plusieurs « terrains », mais il n'est pas rare de voir un très bon joueur changer d'univers et réussir à faire de belles performances.

Ne nous leurrons pas, tout le monde ne peut pas être professionnel. Actuellement, cela demande tout de même un certain risque car c’est souvent des jeunes hommes d’une vingtaine d’années qui ont la possibilité de passer pro, et bien souvent, cela demande de mettre entre parenthèse des études pour faire place aux déplacements, tournois et surtout aux entrainements.

Oui, il faut s’entrainer. Gagner un tournoi, cela demande, comme au poker, une certaine condition physique et un mental très solide. En plus de cela, il faut une excellente réactivité, une précision parfaite, une adaptabilité aux stratégies de l’autre et surtout une vitesse de jeu énorme. Un tournoi peut durer deux à trois jours, et tout au long, au fil des matchs, il faut savoir récupérer, se reconcentrer etc.

Un milieu où les récompenses sont là

Certains tournois comme l’IGN Pro League voient les prix dépasser les cent mille dollars. C’est dire comme cet élan s’étend et voit chaque jour de nouveaux sponsors s’y intéresser. Red Bull, Pepsi, Intel, toutes ces grosses marques qui visent surtout un public jeune font leur publicité dans ce genre d’évènements ou décident de créer le leur.

Je pense qu’il est temps qu’on arrête de voir les joueurs comme des enfants. A l’âge où Federer gagnait ses premiers tournois, d’autres remportent des tournois majeurs dans les ligues électroniques. Et même si les blessures sont plutôt rares, l’Esport s’ouvre sur une nouvelle niche de marché et sur un renouveau du sport virtuel.

LA différence entre un sport et un sport électronique, c'est surtout que le sport électronique demande un support virtuel qui sera forcément fabriqué par une marque unique. Autant un skieur peut voir des performances différentes en changeant de marque de ski, autant un professionnel des jeux-vidéos doit ses performances à ses capacités uniquement sachant que son adversaire à les mêmes avantages et contraintes que lui.

En Suisse, le sport électronique démarre doucement. La France et l'Allemagne permettant à nos grands joueurs de s'exporter pour percer ailleurs.

A quand du virtuel dans les jeux olympiques… ? C'est peut-être là la place de la Suisse, qui compte quand même dans ses villes la capitale mondiale du sport olympique.

Romain Wanner- rédacteur en chef des Tribunes Romandes

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