Interview de Bernard Rappaz, rédacteur en chef de l'actualité à la TSR, à propos de l'autocensure dans les médias

Tribunes Romandes Qu’en est-il de l’autocensure dans les médias ?

Bernard Rappaz Tout dépend de ce que l’on appelle autocensure. C’est d’ailleurs un terme que je n’apprécie pas dans le cadre de notre travail car l’autocensure consiste à ne pas traiter un sujet car on sait d’avance que l’impact politique qu’il va avoir va  nous poser des problèmes ou  que nous allons avoir des problèmes avec des entreprises ou une branche économique. Notre travail ne consiste pas à nous autocensure mais à les règles de la profession journalistique qui nous impose de ne pas tout montrer que ça soit dans la violence, dans l’intimité ou dans le choquant.

Tribunes Romandes Comment choisissez-vous les images qui vont accompagner un téléjournal ?

Bernard Rappaz Il faut savoir que nous ne faisons jamais de diffusion à la légère. On est prudent sur ce que nous montrons, en sachant bien qu’aux heures de téléjournal c’est souvent la famille qui est réunie devant la télévision, tous âges confondus. C’est pourquoi nous prenons soin de prévenir l’apparition d’images qui peuvent choquer la sensibilité de certaines personnes afin qu’elles puissent zapper ou autre. Mais il faut aussi savoir que chaque cas est différent, pour toutes les images, nous regardons si il y a un réel intérêt à les diffuser. Et dans ce cadre-là, les gens qui nous regardent nous font confiance.

Tribunes Romandes Le 22 octobre dernier, vous avez diffusé des images de Muhammar Kadhafi ensanglanté puis une autre séquence de sa dépouille. Quelle était la raison de faire voir au téléspectateur ces images qui pourraient choquer ?

Bernard Rappaz Le cas de Muhammar Kadhafi est un très bon exemple. Lorsque nous avons reçu ces vidéos, il y avait environ une heure d’images. Ce que nous avons voulu montrer c’est surtout qu’il avait été pris vivant et qu’il avait été abattu par la suite. On l’a bien évidemment expliqué au téléspectateur et c’est la raison pour laquelle on a montré ces images. Mais dès le lendemain, on ne montrait plus les mêmes images lorsque nous continuions de parler de cette affaire car elle n’était plus porteuse de sens.. Par rapport à des chaînes de télévisions concurrentes, nous sommes très respectueux du téléspectateur.

Tribunes Romandes N’y a-t-il pas plus de mauvaises que de bonnes nouvelles au téléjournal ?

Bernard Rappaz Oui, certainement, car un train qui part à l’heure n’intéresse pas les gens. Alors que lorsque le réseau ferroviaire est bloqué pendant une matinée les usagers sont en droit de savoir qu’est-ce qui est en cause. Un journal des bonnes nouvelles n’est pas ce que les gens attendent. Notre public s’intéresse aux problèmes de la Suisse et du monde. Ils veulent comprendre ces problèmes. On décrypte l’actualité afin de donner des clés au téléspectateur. On ne cherche pas non plus à ensevelir le public sous le poids des problèmes. Parfois ça choque, mais c’est parce que le monde est choquant. A nous de trouver un bon dosage. N’oublions pas que les médias ne sont que le reflet de la société.

Tribunes Romandes Pourquoi n’y a-t-il pas de logo rouge au téléjournal ?

Bernard Rappaz Il n’y a pas le logo rouge sur le téléjournal car ce logo est réservé aux fictions. Le journal télévisé est un journal, c’est de l’information. A nous de prévenir le téléspectateur en lui disant les yeux dans les yeux : « Attention ces images peuvent choquer ». Ce qui lui donne le choix de les regarder ou non, d’éloigner les enfants ou de zapper.

Interview réalisée par Romain Wanner, rédacteur en chef de TRIBUNES ROMANDES

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