Entretien avec Anne Emery-Torracinta en vue de l'élection du 17 juin 2012

Tribunes Romandes Quel département visez-vous et pourquoi ?

Anne Emery-Torracinta Quand on est candidat au Conseil d’état, on ne vise jamais un département, mais une fonction. En l’occurrence, je pense que le choix va se faire entre le département du Conseiller sortant, celui de la construction et du logement, ou le département de François Longchamp, c’est-à-dire l’emploi et le social.

Si je devais me trouver à la tête du département de l’emploi et que je devais donc gérer la réinsertion des chômeurs, une des première choses que j’essayerais de faire c’est de me retrouver autour d’une table avec les partenaires sociaux, notamment avec les entreprises, afin de discuter.

Je leur demanderais : « Qu’est-ce qu’il vous faut pour que vous puissiez engager les personnes qui sont en réinsertion ? Faudrait-il que l’on mette en place des mesures de type fiscales ? Ou faudrait-il que l’on vous aide financièrement, afin peut-être de participer à la formation des chômeurs ? Et pour les jeunes qui cherchent leur premier emploi, quel type d’incitation a-t-on besoin pour les engager ? ».  Je crois que c’est surtout un travail de concertation que l’on doit faire avec les entreprises, avec les syndicats, pour trouver des solutions innovantes et pragmatiques.

Tribunes Romandes Vous parlez d’abolir les privilèges qui facilitent l’accès aux logements pour certaines personnes. Concrètement, comment ferez-vous cela ?

Anne Emery-Torracinta Il ne s’agit pas réellement d’abolir les privilèges, mais dans les faits, on voit qu’il y a tellement peu de logements disponibles que si vous n’avez pas la chance de connaître une personne dans une régie, vous avez très peu de chances d’obtenir un logement…

Si on veut que tout le monde puisse avoir un logement et que celui-ci soit à un prix accessible, on doit d’abord construire. Mais pour faire cela, il faut éviter  les oppositions et donc travailler avec les communes, notamment en les incitant à construire.

On sait très bien aussi que ce qui freine parfois la construction de logements dans les communes c’est le coût, pour celles-ci, des infrastructures. Donc ce que le Parti Socialiste propose, c’est une sorte de fond de péréquation dans lequel toutes les communes auraient à mettre des fonds et ainsi, toutes celles qui ne construiraient pas de logements devraient participer aux infrastructures de celles, qui, moins riches, n’arrivent pas à payer leurs infrastructures.

Mais, il faudrait aussi que ces logements soient à prix accessible ce qui est rarement le cas quand on cherche quelque chose à Genève. Ce qu’il faudrait, à mon sens, c’est que l’état achète des terrains et qu’il les mette en droit de superficie, à disposition de coopératives ou de communes qui vont pouvoir construire à moindre coût vu que le terrain ne leur couterait rien.

Ceci devrait non pas abolir les privilèges, mais simplement permettre à chacun d’avoir un logement.

Tribunes Romandes L’affaire Merck-Serono bat son plein, quelles sont, selon vous, les erreurs du gouvernement dans cette histoire ? Qu’auriez-vous fait à leur place ?

Anne Emery-Torracinta C’est toujours plus facile de critiquer après. Ma première remarque, c’est de constater qu’on a une entreprise qui fait un chiffre d’affaire faramineux, qui est bénéficiaire, qui augmente les dividendes versés à ses actionnaires et qui, peu de temps après cela, annonce qu’elle ferme un siège.

Pour moi on est là face à un vrai problème éthique et par rapport à  cela je pense qu’il faut militer pour que l’on créé un tissu économique le plus diversifié possible à Genève, pour éviter que l’on ait tous nos œufs dans le même panier.

Maintenant, au niveau du gouvernement, je crois que la question est double. Il y a tout ce qui est promotion économique afin de favoriser la diversification et, surtout, il faut avoir des contacts réguliers avec les entreprises. Il y avait des signes par rapport à Merck-Serono depuis le mois de février voire même avant, on savait que cela allait mal et là je pense qu’il aurait été important d’anticiper pour faire pression.

Alors certes,  on est dans un état libéral, l’entreprise fait ce qu’elle veut, mais la pression politique peut jouer un rôle et on l’a vu dans le canton de Vaud avec Novartis. D’ailleurs je défends un projet au Grand-Conseil afin que toute la classe politique genevoise s’unisse derrière le conseil d’état pour pousser les entreprises privées à avoir une forme de responsabilité sociale.

Interview réalisée par Stanislas Dikamona & Romain Wanner

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