Entretien avec Alexandra de Pfyffer, Architecte d'intérieur, par Nicolas Emilien Rozeau

Pour l’écrivain que je suis rencontrer des artistes et des personnes passionnées par l’art ou les arts est une grande aventure. Retranscrire les mots, les passions, les émotions, les visions, les couleurs et l’énergie de ces personnes a été une histoire formidable doublée d’un exercice de style peu commun. Toutes ces rencontres ont été riches d’enseignement et de partage. Merci à toutes ces personnes généreuses et d’une humanité profonde et sincère d’avoir accepté de me rencontrer le temps d’un été.

Ma traversée dans l’univers des Arts s’achève avec Alexandra de Pfyffer.


1- En quoi l’architecture d’intérieur peut s’apparenter à la haute couture ?

La haute couture est une approche personnelle que l’on donne à chaque mandat ou à chaque client. Vous allez dans un grand magasin, vous allez trouver du prêt-à-porter, des quantités de stock pour chaque objet et chaque article. C’est ce que nous cherchons à ne pas répliquer en architecture d’intérieur parce que le client est unique. De ce fait, nous lui apportons quelque chose qui lui correspond et qui s’apparente à du sur-mesure.

Nous œuvrons à travers une forme de singularité. Nous avons des produits phares ou des couleurs que nous aimons bien utiliser. Pour ce faire, nous allons les agrémenter de manière différente par rapport à la demande du client et en fonction du caractère du lieu qu’il va habiter.

2- « A way of life », votre livre est un livre d’art. Qu’avez-vous voulu montrer ou démontrer à travers ces photos ?

L’architecture d’intérieur est un art de vivre, c’est pour cette raison que j’ai intitulé mon ouvrage « A way of life ». Ce livre est d’abord le souhait de différentes personnes qui nous ont demandé de montrer nos réalisations.

J’aime les défis. Sur un chantier, nous nous sommes lancés dans la création d’une terrasse. Le résultat était plus que satisfaisant. Pour le livre, la même chose. Nous avons travaillé sur un livre sur la décoration. Nous avons choisi la mise en page et y avons mis plus de projets « montagne » alors qu’en réalité nous avons autant de projets « ville ». Nous en referons probablement un deuxième avec une autre vision et de nouvelles choses à dire.

3- Vous avez ouvert votre premier showroom en 1993.  Quelles sont les qualités essentielles pour exercer votre métier ?

Pour pouvoir donner un service d’exception, il nous faut en premier lieu offrir un service d’une qualité exceptionnelle. Et c’est notre grande force. La qualité.

D’autres ingrédients comme la patience et la persévérance sont nécessaires. De la patience par rapport à tout ce qui se passe entre tous les maillons et les acteurs du projet. De la persévérance pour qu’une fois que le projet lancé, nous anticipions dans les moindres détails l’imprévu. Lorsque nous obtenons le résultat souhaité et surtout la satisfaction du client, nous avons gagné.

4- Est-ce que votre regard sur votre activité a changé au fil des années ?

Les choses évoluent rapidement et c’est pour cette raison que nous avons revu notre site internet (www.adp-decoration.com) afin de le rendre plus interactif. Il est adapté aux nouveaux outils de communication.

Aujourd’hui, tout doit aller beaucoup plus vite. A tous les niveaux. Nous sommes tributaires des nouvelles technologies.  Pourtant, pour en revenir à la créativité, cette partie qui nous permet de vivre et de donner vie à nos créations a besoin de temps pour exister.

5- Comment se compose votre clientèle ? Y’a-t-il une évolution dans les comportements ou les demandes ?

Bateaux, avions, maisons, chalets, hôtels… Nos activités vont de la décoration d’intérieur à la conception de l’ensemble des édifices et des demeures. Notre clientèle est internationale. La clientèle privée représente 80% et les 20% restant de l’hôtellerie, des boutiques,… Nous adorons la diversité de nos projets. Chaque nouvelle création est une remise en question. Chaque nouveau challenge permet de sortir de l’habitude, de pousser les limites, de rechercher tout le temps, lors de voyage, de déplacements, de nouveaux artistes, de nouveaux matériaux.

En ce qui concerne l’évolution dans les comportements, nous observons depuis quelques années que les facteurs temps et argent ont pris une place plus significative dans l’édification des projets.

6- Vous aimez gérer les projets de A à Z. Après avoir perçu les besoins de vos clients, où allez-vous chercher les idées et les matériaux ?

Nous sommes toujours à la recherche de nouvelles idées et de nouveaux matériaux aussi bien dans le gros œuvre que dans la soft decoration.  Comme je l’ai mentionné, dans mes voyages. Qu’ils soient de nature privée ou professionnelle.

Nous adorons prendre un projet au départ et le conduire jusqu’à sa réalisation finale. Nous aimons les matières nobles, le lin, la soie… Nous n’aimons pas ce qui est artificiel. Je préférerai proposer à un client un meuble patiné plutôt qu’une copie flambant neuve et brillante. Nous sommes dans la recherche de l’authentique. Le superficiel, c’est le faux. Et le faux, c’est ce qui n’est pas authentique.

7- Peut-on vous considérer comme une gestionnaire de l’espace intérieur, de tous les espaces intérieurs ? Et dans ces espaces, est-ce qu’une dimension spirituelle ou énergétique entre en compte ?

Nous sommes passionnés par ce que nous faisons. Il y a une question de feeling qui est essentielle dans le choix de nos réalisations. Il se peut que nous refusions un projet si nous ne nous sentons pas en phase avec.

L’écoute, la présence, notre infrastructure, notre équipe, l’accompagnement du projet,… sont des éléments essentiels dans l’élaboration de nos projets. Il faut savoir que nous rentrons dans la sphère intime des clients. Dans notre activité, il y a aussi une empreinte artistique, esthétique, mais aussi de coaching. Un très fort lien de confiance s’établit entre le client et nous. Je suis une personne spirituelle, de ce fait, mes projets et mes créations sont imprégnés de ma propre spiritualité.

8- Selon vous, est-ce que notre manière de considérer notre espace de vie a changé ces dernières années ?

Oui. Les gens cherchent de plus en plus à ramener la nature chez eux. Nous sommes homo-sapiens à la base, nous l’oublions parfois. Nous ressentons de plus en plus le besoin d’aller vers la lumière et la nature. Dès lors, nous réalisons des constructions qui prennent en compte l’environnement. Aujourd’hui, si nous avons un arbre, au lieu de le couper, nous essayons de trouver un moyen de l’incorporer dans le cœur du projet. C’est aux personnes qui ont des moyens financiers de montrer aussi l’exemple. Il ne faut pas spolier sa terre sinon dans quelques années nous n’aurons plus rien. Pour certaines demandes, il nous faut concilier les désidératas et les lois écologiques tout en alliant la beauté des produits, même si la notion de « beau » est aléatoire.

9- La nature a-t-elle encore une place dans le luxe et l’élégance, je dirais même plus dans le raffinement de vos réalisations et de vos projets ?

Les gens qui ont les moyens recherchent la tranquillité et la nature. C’est un luxe, nous sommes tellement nombreux. Ils cherchent à s’offrir un peu de tranquillité. Ils cherchent une paix de l’esprit.

10- Un dessein qui vous tient à cœur ?

Un projet professionnel : j’aimerais réaliser un petit complexe sur une île, soit hôtelier, soit privé.

Interview réalisée par Nicolas-Emilien Rozeau – Chroniqueur pour le magazine Tribunes Romandes & Ecrivain

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