L’histoire et le château de Divonne

le château de Divonne-Les-BainsAux alentours de l’an 1000, sur les hauteurs d’une colline, une maison forte veille sur la plaine du Léman et le massif du Mont Blanc. Les siècles défilent sur cette contrée comme les fils d’une existence. Paysans, villageois et seigneurs se succèdent. Les Gingins, une seigneurie du XIIème siècle, ajoute une muraille à l’édifice en l’an 1419. Le château s’agrandit. Puis, rongé par le temps et un lierre majestueux, il cède en partie sous la pression végétale. Les Bernois le démantèlent et le brûlent en 1536. Il est reconstruit par les Savoyards et à nouveau détruit par les Genevois en 1590. Le château de Divonne est restauré sous Louis XV, entre 1765 et 1770. En 1793, il a été déclaré « bien national » et le domaine morcelé.

Le bien passe de main en main plus de dix fois. Napoléon 1er séjourne dans ses murs en 1807. En 1825, le comte Louis-Marie-François en fait l’acquisition. Les deux ailes carrées actuelles apparaissent en 1860. Les traits, les moulures et les teintes offrent l’harmonie à l’ensemble. De successions en reventes, l’histoire de ce château arrive jusqu’à nos jours. Combien de révolutions, d’alliances, de traités, de médiations, de batailles, de constitutions, de complots, de blocus pour édifier une nation ? La voix de la discorde gronde encore. L’histoire se répète inlassablement sous des allures différentes…

Du haut de ce promontoire, les chassés-croisés d’individus, de seigneuries, de migrants, de frontaliers, de pendulaires, d’habitants, d’investisseurs, de consommateurs n’ont de cesse d’alimenter le cours de l’histoire. La société se pare de cultures et de traditions. La richesse devient l’entremêlement de racines et de legs, de formes et de courbes, d’élégance et de raffinement, de passion et de folie, d’assemblages et de désassemblages. Le luxe véritable pétrit les mains des artisans des savoirs et des connaissances. Le métier d’artiste s’apprend, se cultive lentement, s’enrichit avec l’expérience, l’énergie, la sensibilité et les rencontres. La beauté que j’évoque se nourrit de l’intemporalité de ses lignes, de ses couleurs, de sa simplicité apparente et de la légèreté de ses contours. Le luxe dont je parle est un art noble et un artisanat séculaire. Il élève le cœur à travers les hautes aspirations humaines de ceux et celles qui l’ont élaboré, l’ont créé et qui l’entretiennent. Il grandit l’âme et l’esprit de ceux et celles qui le ressentent. Il donne force et courage à la main qui l’effleure. Il n’a ni sens particulier, ni volonté quelconque de dire ou de s’imposer. La véritable richesse est invisible pour les mots.

Le présent d’un lieu nous relie à une histoire et à ce que nous sommes aujourd’hui. L’histoire n’est pas seulement destinée aux jeunes enfants et aux vieillards sur les bancs des jardins publics. L’histoire est le présent. Le présent est une histoire. On ne peut s’en défaire qu’à la condition d’en connaître la teneur. On ne peut aller de l’avant, se tourner vers l’avenir sans en accepter sa substance. La volonté de la famille du Comte François-Paul de La Forest Divonne de ne pas se départir de son château a donné une tournure différente à notre présent. Elle a réussi à garder son bien tout en lui conférant une âme résolument contemporaine. L’histoire continue. Elle ne s’arrête jamais. Elle déroule son long manteau de saisons sur les êtres et les choses. La commune de Divonne renonçant à la gérance pour des raisons économiques, c’est le fils d’un entrepreneur français, Pierre Traversac, qui assure la pérennité du domaine ainsi que de neuf autres châteaux-hôtels en France. La voilà devenue cette maison forte du XIème siècle, une des « Grandes Etapes Françaises » (www.grandesetapes.fr).

Aujourd’hui, lorsque que vous passez la grille du parc du château de Divonne, sur votre gauche, vous découvrez la dernière poterne et trace du XVème siècle ainsi qu’un lieu élégant. Plus loin, les écuries réhabilitées en appartements pour accueillir le personnel. En montant, dans un léger décrochage, une chapelle de style néo-gothique construite aux alentours de 1830 abandonnée à la végétation. Elle semble attendre l’arrivée des preux chevaliers. Après les quelques marches du perron, la réception s’ouvre sur cette histoire qui débuta il y a plus de 1000 ans. 1000 ans, et vous voici.

En franchissant le seuil de la porte, vous serez étonnés par la courtoisie et l’amabilité des personnes qui vous reçoivent en ce lieu. Elles vous donnent l’impression d’être un peu chez vous. A l’intérieur, la simplicité, la sobriété et le raffinement animent l’espace entre les salons, les couloirs et la montée d’escalier. En haut, les 29 chambres et 4 suites se déclinent dans une variation de décorations et d’aménagements sobres et de goût. Le mariage naturel entre le mobilier moderne et d’époque s’affiche dans l’espace. Au rez-de-chaussée, la cuisine sert à midi comme le soir une cuisine gastronomique française, influencée par les origines méridionales du Chef. Sur le côté, un bar chaleureux et intime vous invite à la découverte d’une belle sélection de breuvages. Dehors, sur la terrasse, un léger vent frais berce les séquoias et les platanes centenaires en accompagnant votre bain de soleil au bord de la piscine chauffée. La nuit, dans votre sommeil, le silence règne laissant flotter dans l’air la respiration du château. Tout cela est un rêve bien sûr, qu’est-ce donc qu’une histoire, si ce n’est un songe éveillé ?

 

Nicolas-Emilien Rozeau, écrivain

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